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GCDO#07 - Pascal Cazottes - Les Freaks


Le mot même de "Freaks" nous fait immanquablement penser au film (au titre homonyme) de Tod Browning sorti en 1932. Ce drame, d'une durée de 64 minutes, également intitulé "La Monstrueuse Parade", nous plonge dans le monde des "freaks", mot anglais pouvant se traduire par "monstres de foire" ou encore "monstres humains". Et il est vrai que le principal intérêt de cette œuvre cinématographique réside dans l'exhibition de ces freaks, parmi les plus célèbres des années 30, jouant bien souvent leur propre rôle dans le film en question. Ainsi, peut-on y voir Harry Earles incarnant le lilliputien Hans, Daisy et Violet Hilton interprétant des sœurs siamoises, ou encore Prince Randian dans le rôle de l'homme-tronc. Ces personnages, dont le handicap (ou l'anomalie) physique fit la fortune de leur impresario et assura parfois leur propre prospérité, figurent assurément au nombre de ces sujets étudiés par la tératologie, discipline scientifique qui se penche ordinairement sur les bizarreries anatomiques des êtres vivants. Mais loin de nous livrer ici à une telle étude, nous nous contenterons de rappeler les principales caractéristiques, ainsi que la vie, de quelques-uns de ces "monstres de foire" qui firent les beaux jours des "freak shows".




Spectacles ayant attiré des foules innombrables et généré des sommes non moins astronomiques, les freak shows furent indissociables de la culture américaine pendant tout un siècle (de 1840 à 1940), au point que les Etats-Unis en comptèrent jusqu'à plusieurs centaines à travers tout le pays. C'est en Angleterre que ce genre d'exhibition vit le jour, lors des grandes foires de la Renaissance (telle celle de Bartholomew Fair) qui montraient déjà, moyennant un droit d'entrée, tout un tas de curiosités humaines bien souvent atteintes de malformations. Mais aux Etats-Unis, on dépassa quelque peu ce registre, puisque le terme de "freaks" s'appliqua aussi bien aux freaks dits naturels, soit aux individus affligés d'un handicap physique – que celui-ci soit congénital ou acquis ultérieurement –, qu'aux indigènes provenant de contrées lointaines (à une époque où les récits des explorateurs faisaient rêver), sans oublier les freaks artificiels qui agissaient sur leur propre corps (en le couvrant, par exemple, de tatouages) et les saltimbanques (avaleurs de sabres et charmeuses de serpents). Encore faut-il ajouter à cette liste les faux freaks (faux siamois attachés par un corset, Afro-Américains déguisés en zoulous ou présentés comme des cannibales, etc.) dont les habiles présentations permettaient de duper les spectateurs un peu trop naïfs. Tel fut le cas de l'homme bicéphale Pasqual Pinon exhibé dans le sideshow (ménagerie humaine) du Sells-Floto Circus. Présenté comme un paysan mexicain chassé de son pays par les troupes de Pancho Villa, cet homme, censé être né avec un visage surnuméraire, aurait vu son anomalie s'atrophier après avoir atteint l'âge de vingt ans. En fait, le visage dépourvu d'expression (avec deux yeux, un nez et une bouche) que l'on pouvait voir sur le front de cet ancien ouvrier agricole texan, n'était rien d'autre qu'un postiche, voire une tumeur maquillée. C'est là que l'on s'aperçoit du rôle essentiel joué par les bonimenteurs et autres bonisseurs, lesquels n'hésitèrent pas à inventer les histoires les plus extraordinaires pour attirer le public. L'un d'eux n'était autre que Phineas Taylor Barnum, lequel créa le plus important des freak shows : l'American Museum. Fondé en 1841 à New York, à l'angle de Broadway et d'Ann Street, ce musée possédait un amphithéâtre de 3.000 places. Si les freaks de Barnum étaient parfaitement authentiques, ce dernier n'avait pas son pareil pour les mettre en valeur, inventant à leur sujet de véritables contes, trichant sur leur âge ou leurs mensurations (pour les faire paraître plus petits ou plus grands qu'ils n'étaient) ou créant des événements – et des campagnes publicitaires – ayant pour but d'attirer des foules considérables. L'utilisation de la photographie s'avéra aussi être un précieux auxiliaire (par exemple, on photographiait les lilliputiens assis sur des chaises gigantesques) et une manne de revenus non négligeable (Lavinia Warren, l'épouse de Tom Pouce, vendait tellement de portraits de sa personne, qu'elle commandait des tirages par lots de 50.000 exemplaires). Enfin, soulignons que les freaks s'exhibèrent essentiellement, dans la deuxième partie du XIXème siècle, dans des "dime museums" ("musées à dix cents"), comme celui de Barnum où l'on payait, en fait, un droit d'entrée de 25 cents. Rien qu'à New York, on dénombra jusqu'à cinquante dime museums. Puis, à partir du début du XXème siècle, lors du déclin de ces musées, les freaks furent principalement employés dans des sideshows de cirques (celui du Ringling Brothers, Barnum & Bailey Circus est resté célèbre entre tous), de fêtes foraines et de parcs d'attractions.


Parmi tous les freaks qui s'exposèrent pour tout simplement gagner leur vie, surtout à une époque où les handicapés ne bénéficiaient d'aucune aide pécuniaire, certains acquirent une grande renommée. Ce sont quelques-uns de ces personnages, tous d'authentiques freaks naturels, dont nous allons maintenant dresser le portrait et rappeler le parcours qui n'eut pas toujours une fin heureuse.


Découvrez la suite de ce dossier très complet sur les Freaks dans les pages de GCDO#07 :

Génération Cités d'Or #07 :



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