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  • Lili Oz

GCDO#10 - Lili Oz - Sméagol|Gollum ou la dissociation infernale


Bien avant que son oncle Bilbo remette l’anneau à Frodo, un autre hobbit – Sméagol – l’avait en sa possession. Ce dernier, fasciné par la puissance de l’anneau et aliéné à l’idée de le posséder, se transmue progressivement en une créature monstrueuse répondant au nom de Gollum.


Gollum est le double altéré de Sméagol, qui a perdu la raison du fait de l’influence maléfique de l’anneau de pouvoir. Depuis qu’il a été dépossédé de son précieux, il vit dans l’errance et est en prise avec une folie incomparable. Hanté par le souvenir de la toute-puissance que lui faisait miroiter l’anneau, il n’a de cesse de le retrouver.


La dimension symbolique de ce personnage est évocatrice. A l’instar de l'archétype de Lucifer, Gollum figure les ravages de l’illusion diabolique… et narcissique !

Séduit par les promesses illusoires de l’anneau, il cède progressivement à la folie car il a mis sa puissance personnelle hors de lui.


Mais aussi, tel Narcisse, Sméagol-Gollum se retrouve clivé en deux. Depuis l'être originel Sméagol jusqu’au double altéré monstrueux Gollum, le voilà transformé en créature errante. Il n’est plus qu’une ombre parmi les vivants, prisonnier d’une aliénation sans issue.


La figure du double


L’aspect duel de Sméagol-Gollum est des plus frappants. Car chez Gollum cohabitent son ancien Moi, le hobbit Sméagol (celui d’avant l’aliénation), et la créature avide de pouvoir qu’il est devenu. Fabienne-Claire Caland dit à son propos : « deux personnes cohabitent avec violence dans la même enveloppe : l’une est victime, l’autre est bourreau »[1].

La victime est l’être d’origine, le hobbit Sméagol, tyrannisé par le double Gollum, qui sans cesse lui commande de retrouver l’anneau. En cela, il se montre double, non pas à travers une duplicité consciente, mais d’une manière schizophrénique.

Sméagol, en effet, se retrouve piégé d’une aliénation qui le dépossède de lui-même. Précisément, il est suspendu à une illusion inaccessible : comme Narcisse qui se meurt de vouloir embrasser son propre reflet, Gollum investit toute son énergie vitale hors de lui. C’est comme si son pouvoir personnel, sa force de vie, était entièrement projeté à l'extérieur de lui, en un objet inaccessible car idéalisé.


Et cette quête impossible le vide de toute substance vitale, au point que son corps lui-même devient malingre et décharné. L’être réel Sméagol est totalement désinvesti au profit d’un objet extérieur à lui. Il s’est laissé séduire par une illusion diabolique.

Retrouvez la suite du dossier de Lili Oz dans les pages de Génération Cités d'Or #10 :



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