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GCDO#04 - Joseph Castellet (Joss) - Palenque, une histoire sacrée des anciens Mayas (texte intégral)

Dernière mise à jour : 11 juin



Les mythes cosmogoniques des anciens Mayas racontent la création de l’univers vue comme un processus cyclique avec l’homme comme créature centrale. Les divers cycles se déroulent suivant la volonté d’êtres divins. C’est ainsi que surgit le récit mythique, celui d’un début qui a pris naissance dans un univers statique primordial dont les principaux protagonistes sont les êtres sacrés. La narration ne peut pas se faire en langage commun ordinaire. Elle nécessite d’utiliser un langage symbolique qui est le seul à pouvoir exprimer des sentiments émotionnels sur la réalité du monde.

Pour les Mayas, il ne s’agit pas d’une fiction mais d’une réalité à laquelle il faut veiller, car c’est le guide, la tradition et les règles de leur comportement sur terre ; pour les Mayas, espace et temps ne sont pas deux concepts distincts. Ils ont conçu le temps comme la dynamique de l’espace. Leur idée du temps prend sa source dans le mouvement du soleil, dans son transit circulaire autour de la terre déterminant les cycles de la nature. Le temps est un cycle où tous les changements, inclus ceux de la condition humaine, suivent les cycles du soleil.


La cosmogonie maya nous parle d’une succession de cycles – ou ères cosmiques – déterminés par les Dieux créateurs en fonction des temporalités cycliques. Les temples de Palenque nous révèlent la complexité de cette cosmogonie dans les divers panneaux, en pierre et en stuc, brodés de merveilleux glyphes dont nous avons commencé à déchiffrer et comprendre le sens, la signification et le message révélateur transmis.

C’est ce que nous allons découvrir en visitant ensemble le site de Palenque.

Les rois divins de Palenque

Les gouverneurs de Palenque ont reconnu leur origine dans le passé lointain, des milliers d’années avant leur naissance. D’après les inscriptions, le Dieu « GI » est monté sur le trône en 3309 av. J.-C., deux siècles avant la création de notre monde selon la mythologie maya classique. Par ailleurs, les textes nous racontent la naissance de la triade des Dieux patrons de Palenque et des événements calendaires pendant les temps mythiques.


Le premier gouverneur que nous pouvons considérer comme historique est un individu du nom de K’uk’B’ahlam I (Jaguar Quetzal) qui, d’après des inscriptions taillées postérieurement, naquit en 397 ap. J.-C. et fut intronisé en 431 ap. J.-C.

Cependant, le premier gouverneur qui a fait ériger des monuments sculptés, conservés jusqu’à nos jours, ce fut le fameux K’inich Janahb’ Pakal I qui a gouverné de 615 ap. J.-C. jusqu’à 683 ap. J.-C. Deux de ses fils lui ont succédé, et probablement deux de ses petits-fils, jusqu’à environ 750 ap. J.-C. Des derniers gouverneurs de Palenque, à la fin du VIIIe siècle ap. J.-C., nous savons relativement peu de chose et, à partir de 810 ap. J.-C., le rôle de gouverneur disparaît et, avec lui, les membres de la cour royale. Les gouverneurs de Palenque ont utilisé le titre K’uhu B’aakalajaw « seigneur sacré de B’aakal. »

B’aakal, littéralement os ou crâne, est l’emblème avec lequel les gouverneurs de Palenque se sont distingués d’autres entités politiques comme Pa’Chan (cité de Yaxchilan) ou Popo’ (cité de Tonina). Cependant, l’emblème B’aakal fut aussi utilisé par les gouverneurs de Tortuguero, situé à 61 km au Nord-Ouest de Palenque. De même, à compter de 650 ap. J.-C., ceux de Comalcalco l’ont aussi utilisé. Probablement, toutes ces dynasties se réclamaient des mêmes origines.


Pénétrons sur le site et découvrons l’ensemble des célèbres temples du crâne, temple XII de la reine rouge et, surtout, le fameux temple des inscriptions, tombeau du non moins célèbre Pakal.


Temple XII ou Temple du crâne

Le nom de ce temple est issu d’un fragment de stuc situé sur le bas d’un pilastre d’accès. Le relief représente un crâne, probablement celui d’un lapin (NDLR : cf illustration de la page de garde de cet article).

A l’origine, il était peint en bleu et rouge. La construction finale date de la deuxième moitié du VIIIe siècle. Mais les fouilles archéologiques ont démontré que, sous le temple XII, il y a deux structures, avec des voûtes plus anciennes, construites l’une sur l’autre. Cette information permet d’affirmer que cet espace fut occupé avant la construction du temple des inscriptions. Dans la structure la plus ancienne, sous le temple du crâne, on a découvert une tombe avec une riche offrande de plus de 700 morceaux de jadéite.


Temple de la Reine Rouge

Il est situé sur une grande plate-forme et a probablement été construit au cours du VIIIe siècle. Également connu sous le nom de Temple XIII, il possédait un escalier qui menait au temple du haut, dont il reste quelques vestiges. Grâce aux fouilles archéologiques, on sait que ce temple et le Temple XII ont été construits sur des bâtiments antérieurs, du VIIe siècle, qui ont servi de tombes à certains membres importants de la dynastie de Palenque. Aujourd'hui, nous savons que la femme enterrée dans la sous-structure du Temple XIII, ou de la Reine Rouge, était Tz'ak-bu Ajaw (635-702 ap. J.-C.), épouse de K'inich Janahb Pakal.


Temple des inscriptions

Construit sous le règne de K'inich Janahb Pakal (615-683 ap. J.-C.), le bâtiment était destiné à abriter sa dépouille mortelle. Cet important édifice doit son nom à 3 grands panneaux en pierre calcaire qui décorent la pièce centrale. Ces tableaux forment le plus grand texte glyptique découvert à ce jour. Le texte mentionne des événements en relation avec la vie et la mort du grand gouverneur de Palenque, Pakal II, et l’intronisation de son successeur, Kan B’Ahlam II. Par ailleurs, on y fait référence à des intronisations des ancêtres de Pakal et on fait allusion à des événements situés dans le passé (des événements vieux de plus d’un million d’années) et dans un futur lointain (l’an 4772 ap. J.-C.).


Le temple des inscriptions a été conçu avec des plates-formes au sommet desquelles est érigé l’édifice. Cependant, pendant le déroulement de la construction, le remplissage des plateformes a été déstabilisé. On les a alors recouvertes de 3 grands corps de pierre, sur les côtés, pour éviter leur écroulement. La structure telle qu’on peut la voir aujourd’hui est le résultat de la reconstruction réalisée par les archéologues aux temps modernes. On peut encore observer des vestiges de la construction originale, sur la première plate-forme, sur le côté des marches.


Tombeau de Pakal

La période la plus glorieuse de l'histoire ancienne de Palenque était sans nul doute celle du roi Janab Pakal (603-683), connu sous le nom de Pakal le Grand, dont le corps a été déposé, après sa mort, dans le célèbre tombeau du temple des inscriptions.


En 1952, après 4 années de travail pour déblayer un escalier caché qui part de l’intérieur de la plate-forme pyramidale du temple des inscriptions, l’archéologue mexicain Alberto Ruz Lhuillier ouvrit la porte de la chambre funéraire située 25 mètresen dessous du sol du temple. En son centre, il y a un sarcophage monolithique en pierre calcaire dont le couvercle sculpté est certainement le relief maya le plus connu au monde.


La scène de la dalle recouvrant le sarcophage est magistralement réalisée et représente K’Inich Janahb’ Pakal émergeant de la terre dans un acte de renaissance. Pakal I prend la place du Dieu du maïs qui, en personnifiant l’épi de maïs, surgit de la terre, croît, vieillit et meurt pour aller dans l’inframonde d’où il renaît dans un cycle sans fin. Dans la cosmovision maya, l’être humain fut créé à partir d’une pâte de maïs. Cette scène reflète donc des croyances culturelles profondes sur la mort et la nature de la vie humaine.

Le corps du souverain fut recouvert de cinabre, sulfate de mercure hautement vénéneux, et accompagné de bijoux de jadéite. La pièce la plus fameuse de l’offrande est un masque élaboré avec des morceaux de jadéite (voir photo page de droite).


La Triade de Palenque

L’investigateur allemand Heinrich Berlin, travaillant à Palenque, a observé que, dans les inscriptions des trois temples du complexe architectural appelé “groupe de la croix”, on mentionnait un personnage spécial qui ne serait pas en mesure d'être un dirigeant, ni un chef militaire, ni à aucun autre poste administratif.

Ce bloc hiéroglyphique, différent dans chacun des temples, devait faire allusion à un être surnaturel, un Dieu, et Berlin, avec une intuition brillante et une nomenclature simple, les a appelés êtres GI, GII et GIII, c’est-à-dire ce qui, plus tard, serait la célèbre triade.

Bien sûr, trois est un nombre sacré à la signification spéciale, car il indique les niveaux du cosmos, avec une surface supérieure ou céleste, une autre intermédiaire qui est la surface “terre“ où vivent les hommes, et une autre constituée par la surface de l’eau, une couche aqueuse et un environnement inférieur, lieu de séjour des morts et des dieux de l’inframonde !

Ces Dieux sont connus grâce aux nombreuses références dans les textes hiéroglyphiques trouvés dans les temples et édifices. Cependant, leurs noms n’ont été déchiffrés que partiellement.

GI est un Dieu aquatique, comme l’indique une nageoire sur sa joue, et, en même temps, il est en relation avec le soleil. Peut-être qu’il représente le soleil de l’Est qui est dans la mer jusqu’à son lever à l’aube.

Le nom de GII est Unen K’awiil, ce qui signifie l’enfant k’awiil. Son glyphe montre le Dieu K’awiil couché avec une queue d’animal.

GIII est une variante du dieu soleil K’inich Ajaw.


A Palenque, tout comme à Tikal ou à Yaxchilán, les dieux mayas étaient impliqués dans le maintien de la structure sociale existante, soutenant l'organisation politique et le rôle des rois. Ces mêmes rois étaient considérés comme des descendants des ancêtres déifiés ou des dieux créateurs, ce qui leur a donné une légitimité à l'exercice du pouvoir absolu et à une personnalité sacrée. Cette qualité indiscutable les rendait simultanément objet de culte et de vénération.

Les anciens habitants de Palenque ont construit trois temples pour le culte des Dieux tutélaires de la ville : le temple de la croix, dédié au Dieu Soleil céleste ; le temple de la croix foliée, dédié au Dieu K’awiil ; et le temple du soleil, dédié au Dieu Bouclier à figure solaire. Chacun possède son sanctuaire, lieu de résidence du Dieu. On considérait ces sanctuaires comme des bains de vapeur symboliques et très peu de personnes y avaient accès. Les inscriptions définissent les sanctuaires comme pihb’naah’ (maison du four), l’expression maya pour le temazcal (sauna). Le bain de vapeur était l'endroit de l’accouchement et des naissances. Ainsi, chaque temple symbolise la naissance de l’un des Dieux de la triade. L’architecture des temples reflète aussi celle d’autres bains de vapeur, bien qu’avec une conception ouverte, elle ne pouvait pas être utilisée à cet effet.


Dans chacun des trois temples, on retrouve une pièce de petite dimension, en haut des plates-formes pyramidales, appelée “sancta sanctorum”, et, là, dans le mur du fond de cette cellule, se trouvent les triptyques de pierre dont les figures centrales donnent le nom populaire à l'édifice :

- Temple de La Croix, parce qu'il y a une grande croix dans l'axe de la sculpture à laquelle s'adressent les figures humaines représentées ;

- Temple de La Croix foliée, parce que, dans ce temple, la croix est ornée de feuilles et d'une végétation abondante ;

- Temple du Soleil, parce qu'entre les lances, il est montré un bouclier avec le visage du dieu soleil.


Il convient de noter que, sur les plates-formes de soutien des trois bâtiments, on a trouvé de nombreuses pièces de céramique – cylindres de bonne taille pour soutenir des récipients ou brûler l'encens copal – auxquelles ont été appliqués, au moyen de la technique du pastillage, les traits des différentes divinités et les possibles ancêtres déifiés, et que ces représentations identifient à nouveau la triade, en tant que propriétaire de l'espace sacré, et la connectent à d'autres êtres surnaturels.


L’histoire mythologique des Mayas raconte les faits et gestes des géniteurs de la triade de Palenque ; c’est la “Dame Bête“ qui serait la génitrice de la Triade. Dans le panneau du Temple de la Croix, on peut y lire que le premier à naître des Dieux est GI, le 9 Ik’ 15 Ceh (21 octobre 2360 av. J.-C.). Dans celui du temple du soleil, on enregistre la naissance du deuxième Dieu GIII, quatre jours après GI, un 9 Cimi 19 Ceh (25 octobre 2360 av. J.-C.).

Finalement, c’est la naissance de GII, le « bébé K’awiil », qui intervient quelques jours après, le 8 novembre 2360 av. J.-C., d’après la narration du panneau de la croix foliée.


Le Temple de la Croix

Le Temple de la Croix est le plus grand des trois. Le panneau de la croix est ainsi appelé à cause du motif central qui représente le ceiba, l’arbre sacré mythique du centre de l’univers qui naît d’un mascaron du monstre de la terre. Sur lui repose Itzamnaaj, l’oiseau céleste. Les figures latérales sont les portraits des ajawo’ob (les gouverneurs) K’inich Hanab Pakal (Pakal le Grand) et son fils et successeur Kan Balam II (Jaguar serpent II).

Le développement de l'épigraphie au cours des dernières années a permis une nouvelle lecture du panneau qui ornait le Temple de la Croix.

Guillermo Bernal nous fait la proposition suivante : la scène montre un rite en l'honneur du dieu Gl exécuté par K'inich Kan Bahlam II (à gauche) le jour de son intronisation le 7 janvier 684 ap. J.-C. A droite, nous voyons son père, K'inich Jana ab' Pakal, qui était déjà mort mais est représenté comme un participant vivant à la cérémonie.

L'image sacralisée de Pakal transmet le fardeau de l'autorité au nouveau dirigeant, en lui accordant la succession de la seigneurie. Une bande avec des signes de corps astronomiques traverse la partie inférieure de la scène, indiquant que l'événement se déroule dans les hauteurs célestes. Cet espace correspond pleinement à la connotation du Temple de la Croix comme image architecturale du monde supérieur et "maison" de GI, son dieu régent.

La scène est dominée par un élément central cruciforme, d'où le nom de la planche et du bâtiment. Ledit élément est marqué par des signes de te', "arbre". Par conséquent, il a été interprété comme un arbre cosmique, très probablement un ceiba. Les armes du ceiba cruciforme sont couronnées par les têtes du soi-disant "Serpent au nez de bijou", une entité représentative du feu solaire. Dans la partie supérieure du ceiba se trouve Xib' Muut, aspect d'Itzamnaaj en tant que divinité patronne des oiseaux et du niveau céleste.


Le texte glyptique relate des événements mythiques tels que la naissance de Muwaan Mat, entité progénitrice des trois dieux patrons de Palenque (2 janvier 3120 av. J.-C.), et sa présentation du "colis cérémoniel " (1er mars 3112 av. J.-C.), la descente et l'ascension depuis et vers les hauteurs célestes du dieu GI (3 mars 3112 av. J.-C.), ainsi que sa renaissance (10 novembre 2360 av. J.-C.), et l'intronisation mythique de Muwaan Mat comme "souverain sacré de Matwiil".

Les feuilles latérales du triptyque contiennent une longue inscription hiéroglyphique décrivant la naissance du dieu du maïs, père possible des trois dieux de la triade, suivie de sa descente sur terre pour habiter son temple, et, là, on mentionne jusqu'à neuf rois de Palenque ancêtres de Kan Balam.


Le Temple de la Croix Foliée

Ce temple fut dédié au Dieu patron Unen K’awiil (GII). Ce temple a été érigé en profitant du talus naturel de la colline qui se trouve derrière lui. Les fondations sont constituées de plusieurs plates-formes sur lesquelles se dresse le temple. Celui-ci a deux travées dont l’axe longitudinal est orienté nord-Sud.

On peut distinguer la trace d’un portique à trois entrées, un espace postérieur avec des chambres latérales et un sanctuaire dans la chambre principale. La partie frontale s’effondra, c’est ainsi qu’aujourd’hui on observe une coupe longitudinale.


Pendant que, dans le Temple de la Croix, l'ornementation soulignait les aspects célestes, dans le temple voisin de la Croix Foliée, les références ornementales sont l'eau, la mer primordiale et l'agriculture.

L'extérieur du temple montrait de nombreux coquillages avec un hiéroglyphe qu'on a pu lire "Matwiil", un lieu mythique très cité à Palenque à l'occasion de la naissance des dieux de la triade et de la même dynastie de souverains.

A l’intérieur, la scène illustre un exemple de la cérémonie d'intronisation de K'inich Kan Bahlam (à gauche), qui a eu lieu le 7 janvier 684, avec une statuette du Dieu Hu'n (ou "dieu bouffon") debout sur un masque de la montagne du maïs (Yax Haal Witz Nal). Il est accompagné de son père, feu K'inich Janahb Pakal (à droite), qui porte un vêtement funéraire et tient un poinçon à saigner. Il est debout sur un coquillage d'où sortent une plante de maïs et un dieu au nez allongé. Le coquillage porte le nom de Matwiil, nom sacré de la zone civile et cérémoniale de la ville. Les ruisseaux d'eau qui coulent dans la partie inférieure semblent jaillir du masque central, dont le front présente un signe k'an. Il est possible que le concept k'an nahb, "plan d'eau précieux", allusion aux eaux fécondantes qui permettent la croissance des cultures, soit ici impliqué. Conformément à ce sens, une forme sacralisée de maïs émerge du masque, dont les épis deviennent les têtes du dieu de cette plante. Dans la partie supérieure, perchée sur un épi, se trouve le dieu Itzamnaaj.

Encore une fois, le triptyque du mur de la cellule comprend deux figures d'identité égale aux précédentes, autour d'une plante de maïs cruciforme et très ornée qui semble émerger d'un masque austère appelé "mer précieuse", K'an nahb, qui, à son tour, flotte dans une bande aquatique qui remplace ici la bande céleste avec des éléments propres à ce royaume cosmologique.

Dans le maïs, les épis ont été remplacés par les têtes du jeune dieu de cette nourriture fondamentale, et le grand oiseau céleste couronne avec arrogance cet axis mundi.

C’est un chant à la régénération, à la fertilité et à la vie, et GII, le propriétaire et habitant du temple, dont le nom peut être lu Unen K’awiil, possède assurément ces qualités, de même que le dieu de la foudre et des tempêtes qui nourrit la terre et la fertilise.

A l'ouest du groupe de la Croix se trouve le plus petit mais aussi le mieux conservé des trois temples.


Le Temple du Soleil

Le Temple du Soleil est dédié au GIII, une divinité solaire associée à la guerre.

Le triptyque de la chambre intérieure remplace les arbres par une icône centrale très différente : deux lances se croisent avec un bouclier proéminent qui préfigure le soleil.

Une structure pyramidale de trois corps sert de base à ce temple. A l’intérieur se trouve un oratoire avec le panneau du soleil qui commémore, entre autres événements, la naissance (635 ap. J.-C.) et l’intronisation (684 ap. J.-C.) du seigneur serpent-Jaguar II.


Le dieu GIII, aussi appelé le Soleil Jaguar des Enfers, était le saint patron de la guerre. Dans ce tableau, il était représenté précisément comme la forme animée de l'insigne de guerre, les lances à feuille de silex (to’k') et l'écu (pakal). Ils sont placés sur le trône du jaguar-hix, l'un des trois sièges qui ont été placés dans la plus récente réorganisation du monde, laquelle a eu lieu le 4 ajaw 8 kumk'u, (11 Août 3114 av. J.-C.). Le trône est porté par deux dieux âgés. Dans les deux cas, il s'agit du dieu L, entité qui régnait pendant une période antérieure à l'époque considérée, quand il a été violemment renversé. Les représentations du dieu L conservent cependant certaines différences.

A gauche, le vieux dieu porte sa cape habituelle de peau de jaguar, indiquant son appartenance au monde souterrain. A droite, le même vêtement est bordé d'une bande céleste, signalant la conversion céleste du Numen. En soutenant le trône, le dieu L semble montrer sa soumission et sa collaboration pour maintenir le nouvel ordre cosmique.


Le soleil est un soleil particulier, parce qu'il repose sur le dos de deux êtres surnaturels de caractère infernal qui, à leur tour, viennent s'asseoir sur une bande de signes indiquant le monde souterrain, l'intérieur de la terre.

C'est-à-dire qu’il s’agit du soleil dans son voyage au travers du monde souterrain, de son coucher à l’aurore, s'enfonçant dans l'abîme tellurique, jusqu’au moment de son lever à l’aube.

La décoration de la cellule comprend des signes pour la montagne, et il est possible de déduire que les constructeurs considéraient cette cellule comme une grotte à travers laquelle on pouvait accéder au monde inférieur.

De cette façon, comme le font remarquer les mayanistes David et George Stuart, les trois temples du groupe de la Croix dessinent la carte du cosmos maya, avec une représentation du ciel dans le temple le plus élevé, une représentation du monde souterrain dans le temple le plus petit, et une représentation de la surface de la terre – et de la couche aquatique sur laquelle elle repose – dans le temple intermédiaire.


Le Temple XIV

Il semblerait que ce temple fut commandé par K’inich Kan Joy Chitam II et fut dédié posthumément à son frère et prédécesseur K’Inich Kan B’ahlam II. A l’intérieur de la pièce, il y a un panneau finement travaillé sur lequel se trouve une scène. Celle-ci représente K’inich Kan B’ahalm II commençant une danse sur une bande aquatique, en compagnie de sa mère IxTz’ak-b’uAjaw. Celle-ci, à genoux, lui remet une statuette du Dieu K’awiil, qui était associé au lignage royal.

Cette scène fait référence à une danse réalisée au bord de la mer dans un passé très ancien, où la mer recouvrait probablement la majeure partie de la Terre. L'événement a lieu 260 jours après la mort de Serpent-Jaguar II et 30 jours après la mort de sa mère ; les deux sont donc dans le monde souterrain ou inframonde. Les Mayas pensaient que leurs gouvernants avaient la capacité de voyager dans le temps, non seulement lors de leur décès mais aussi de leur vivant ! C’est ainsi qu’il y a des représentations qui montrent des gouvernants se réunissant avec leurs ancêtres, à d’autres époques, ou avec des personnages mythiques.


Le Temple XIX

Construit sous la gouvernance d'Akhal Mo’ Ts’an Nahb III, il se distingue par sa conception particulière. Il est composé de deux galeries divisées par une série de murs poteaux et ne possède qu'une seule entrée, sur la face nord. Sur le côté ouest du temple XIX, on a localisé un trône décoré avec deux magnifiques panneaux sculptés. Dans l’un des murs poteaux intérieurs, on a trouvé un panneau en stuc et un autre en pierre calcaire.

Le temple XIX se trouve en face du temple de la croix et est en relation avec lui concernant la thématique des glyphes qui s’y trouvent.


En 734 ap. J.-C., le gouverneur K’Inich Ahkal Mo’ Nahb III dédia ce temple au Dieu GI, suivant en cela l’exemple de K’Inich Kan B’Ahlam II qui dédia le temple de la croix, 30 ans avant, au même Dieu.

Dans les excavations des années 1998 et 1999, on a trouvé une plateforme dans l’édifice qui a été interprétée comme un trône. Sur ses côtés sud et ouest, on a trouvé des reliefs qui furent ordonnés par le gouvernant K’Inich Ahkal Mo’ Nahb III en 736 ap. J.-C.


Le Temple XXI

Vers la fin du mois d’août 2002, fut découverte l’une des œuvres les plus importantes de la période classique maya : un monolithe en pierre calcaire avec un panneau magistralement taillé au bord couvert de glyphes. Il fit partie d’un trône situé dans le temple XXI.

Le temple XXI fut dédié par le gouverneur K’Inich Ahkal Mo’Nahb’ III peu après la fin de sa construction. Probablement, ce souverain voulait imiter la construction de son ancêtre K’inich Kan Bahlam II qui avait commandé l’érection des temples de la croix en dédiant chacun d’eux à l’un des Dieux patrons de Palenque. K’Inich Ahkal Mo’ Nahb‘ III dédia le temple XIX au Dieu GI. De ce fait, il se peut que le temple XXI ait été un sanctuaire pour Unen K’awiil (ou GII) ou GIII, ou pour les deux à la fois.


Le 22 juillet 736, Ahkal Mo'Nahb' III, alors souverain de Palenque, avec son héritier Upakal K'inich, accomplit un rituel d'abnégation pour consacrer le bâtiment connu aujourd'hui sous le nom de Temple XXI. Dans le cadre de la cérémonie, ils ont invoqué la présence de Pakal le Grand, décédé 53 ans auparavant. Celui-ci est représenté au centre de la scène. A gauche, Ahkal Mo'Nahb' III, et, à droite, Upakal K'inich, tous deux accompagnés d'êtres surnaturels. Cette planche sculptée en bas-relief était, à l'origine, l'avant d'une plate-forme.

Pakal, sur un trône au dos en peau de jaguar, offre une épine de raie à son petit-fils K'inich Ahkal Mo' Naab III, patron du conseil. K'inich Janaab Pakal II, frère d'Ahkal Mo' Naab, est à la droite de Pakal. Le tableau relate la première cérémonie de rite sacrificiel effectuée par Ahkal Mo' Naab vers la fin des années 670 ou au début des années 680, quand il était enfant.

K’Inich Ahkal Mo’ Nahb’ reçoit des mains de son ancêtre Pakal le grand le poinçon avec lequel il devait réaliser les autosacrifices correspondant à sa charge, comme K’ujul ajaw ou divin seigneur de Palenque. De l’autre côté, des êtres surnaturels, reconnus comme des Wayob, observent la scène.


Le Temple des guerriers

Le temple XVII doit son nom à un panneau en calcaire sculpté (découvert lors de fouilles en 1993) qui représente un guerrier devant un prisonnier. Le bâtiment est situé à 31 m au sud du temple de la Croix foliée.

Le guerrier est K’inich Kan B’ahlam et le captif est un noble de Tonina, appelé B’olonyooj. Dans ce panneau, K’Inich Kan B’ahlalm exprime son succès militaire. Ce monument a été exécuté vers les années 695-702 et montre ce gouverneur tenant une lance et vêtu d’insignes de guerre. Dans sa coiffe se trouve l’entité Waxaklaju’n U Baah Kan, une divinité d’origine teotihuacane également connue sous le nom de « Serpent de guerre ». A ses pieds se trouve un prisonnier ; le texte associé indique qu’il s’appelait Bolon Yooj Aj Bahlam et qu’il a été capturé le 14 janvier 695. L’autre texte secondaire, placé derrière Kan Bahlam, indique qu’il a envahi la ville de Tonina le 9 septembre 687.

Le prisonnier est montré les mains attachées, avec une tenue déchirée et un poinçon en os sur la tête.

Ce poinçon semble avoir été utilisé pour percer les lobes des oreilles et offrir son sang, très probablement aux divinités de Palenque (et peut-être, spécifiquement, au Dieu GIII). Le prisonnier porte des protège-oreilles en tissu, utilisés pour recueillir le sang résultant de la piqûre.


Pour aller plus loin

Après le long et fructueux règne de Pakal le Grand, son fils, K’inich Kan Bahlam II, prit le pouvoir à l’âge de 48 ans, poursuivit la construction de grands édifices publics et acheva le Temple des Inscriptions en 690 ap. J.-C., lequel temple servit de mausolée à son père. En l’an 692 s’achève le Groupe de Croix qui comprend le Temple de la Croix, le Temple de la Croix Foliée et le Temple du Soleil, chacun d’eux consacré à une divinité différente de la Triade de Palenque. Dans chaque bâtiment est installé un pib’naah (bain de vapeur ou temazcal) où les divinités renaquirent symboliquement.

Il a également construit le Temple de l’Autel du Crâne et le Temple XVII où les événements de guerre menés par K’inich Kan Bahlam II sont enregistrés.

Il mourut le 16 février 702 ; sa tombe n’a pas pu être retrouvée.


La civilisation maya ne s’est pas seulement bâtie sur ses qualités intellectuelles (Astronomie, Calendriers) et techniques (érection de villes monumentales aux temples pyramidaux), mais aussi sur les armes et la pratique sacrée de la guerre. Les prouesses guerrières de Pakal et de ses descendants sont racontées sur les panneaux des palais et des temples. Par ailleurs, nous avons effleuré les rituels des sacrifices. Les recherches sur les Mayas suivent une piste d’énigmes et de sacrifices. Le sang, pour les Mayas, venait des Dieux en personne. C’est un cadeau qui coule dans nos veines. Cela crée une dette envers les Dieux qui ne peut être honorée qu’en leur offrant notre propre sang humain. Le monde tourne autour de cette dette de sang. Il faut lui en fournir pour qu’il puisse continuer à tourner. Ainsi, le sang va sceller les rites et les rendre sacrés. Le roi lui-même devait payer sa dette en sang en se perçant le prépuce ou les oreilles à certaines occasions. Son sang coulait alors sur des bandelettes de papier qui étaient ensuite brûlées. La fumée qui montait des brûleurs d’encens devait aller à la rencontre des Dieux et les mettre en relation avec le roi. Le jour de l’intronisation du roi était un événement exceptionnel accompagné de diverses cérémonies. Pour une cité, la passation du pouvoir se résumait à : « Le roi est mort, Vive le roi!». Le nouveau roi devait capturer à la guerre les futures victimes des sacrifices et montrer, par là même, son courage, sa puissance et son autorité, pour asseoir son pouvoir. La cour des sacrifiés à Palenque a probablement été le théâtre de ces rites sanglants. Les prisonniers mayas étaient aussi obligés de jouer au ballon ou jeu de la pelote. Les perdants étaient sacrifiés. On peut y voir le modèle maya des jeux du cirque romains avec ces gladiateurs souvent mis à mort lorsqu’ils étaient vaincus par l’adversaire. Sacrifier un roi était le summum du sacrifice offert aux Dieux. C’est pourquoi les rois étaient la proie de choix des autres rois.


Nous avons donc effleuré une partie des énigmes mayas à travers la cité de Palenque. Mais il reste encore plein de mystères à découvrir, comme le tombeau de Pakal, l’astronaute de Palenque, le tombeau de la reine rouge, la signification des brûleurs d’encens si particuliers à Palenque, le déclin et l’abandon de Palenque et la chute de la civilisation maya. Mais ceci est une autre histoire ...


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