• Antoine Station

Flesh is the Fever, par David le Bonté

Un concours de nouvelles a été organisé dans GCDO#02 - le thème était : "Un monde de zombie". Voici la nouvelle de David le Bonté.


Un sac se vide, pour remplir l’autre opposé, chacun se renvoie. Cela dure et s’amplifie. Les contenus se gâtent par débordement. C’est le dur édit. Celui qui le dit dix fois dilapide le vide. Répéter plusieurs fois ne transforme rien en vérité. Ils ne pourront sortir de là que plus remplis. Ils le savent, mais s’approfondissent. Si l’adoration du courroux existe, ils prient fermement. La salive assaisonne le potage. Ils exorcisent leurs affections par l’invitation du démon. Quand les deux surabondent, plus rien n’est audible, même l’entourage prend rage. Aucun ne cessera sans expectorer leurs maux de cœur, sauf moqueur, qui aime la tension. L’attention se porte maintenant sur le monde, et chacun prolifère de colère. L’air collabore, par le transfert du son certes, mais l’homme aime à s’entendre baver. Les frontières sont dépassées, leur limite ne suffise. Chaque entité maintenant se crispe, s’écrie, se crie dessus, dessous l’hémisphère. Le temps passe et les oreilles s’atrophient ; elles ne sont plus utiles, chacun hurle, mais plus personne n’écoute. L’hominidé perd un sens. Le cataclysme de la compréhension entraîne celui du lieu de vie, d’une dualité naquit le fléau, néoplasie autodestructrice. Lorsque l’ouïe disparaît, les voix s’amenuisent, deviennent grogne, n’étant plus captées. Captif de son dernier état, le paradigme se renouvela. Le singe a atteint la quatrième dimension, d’un six oublié et d’un cinq arraché. Les gueules béantes, bâillantes, sont assoiffées, de sang et de carne. S’incarne en eux le servage, devient dépendant du monde, indépendant de ses ondes propres. Salie (qu'est-ce qui est salie ? Où est le sujet ? Je te propose d'accorder avec la deuxième partie de la phrase, soit écrire : Salis dans leurs entrailles, dévorant leurs passages) dans ses entrailles, dévorant ses passages, ils s’étrennent, se traînent, ont perdu le sage. La compassion absente, la compression augmente. L’âme manque d’espace, les étoiles s’écartent. L’instinct se porte sur les marchands, marchant rampé longeant rampe de marché, suivant la tige cordée, que l’élection rembobine. La pêche est fameuse, le domaine chez eux rayonne, d’une allée à l’autre, ils laissent le choix du gras ou de la bonne. L’abonnement à la consommation régule, réglemente, ainsi les masses se groupent et se fermentent. Fermés à cette démarche, des survivants se détachent. Ils déclinent les grandes surfaces, lieux trop convenus. Ils cherchent le chemin évolutif, mais à chaque expédition, la meute les rattrape, aspire à la morsure. L’un contamine, l’autre vitamine, mais le nombre l’emporte. Le cycle inouï continue à chaque aube, pendant que les modèles se rassemblent, des individus se dégagent. Ils tentent reconnexion, réflexion d’eux-mêmes. Le cosmos divague, la dixième est bien proche et déferlera de chair et d’hémoglobine. L’allaitement lie leurs louanges, tel le lustre, l’avatar luciférien, ils sont pendus à un plafond toilé, net de cérébralité, naître dans cette abstraction n’est pas aisé. La distorsion tord les sons, seuls les morts-vivants sont encore écoutés, à travers enregistrements et diffusions postérieurs, les messages se placent et concluent l’instruction mélangée.


Affamés de captivité, les zombies maintenant se mangent. Chacun convulsionne, perd le contrôle de ses nerfs. Les membres s’avalent, les crânes implosent et les cervelles dégoulinent. Le dégoût des bien-pensants permet l’éloignement, abrités sous terre. À la surface, les plus gourmands finissent les restes, telles des abominations corporelles, énormes amas de suif suintant, aux abattis démultipliés et à l’obésité démesurée. Ils absorbent tout sur leurs sillons, comme des moissonneuses à charognes, nettoyant les ruines d’un monde perdu. Le nom de titan fut affublé. Des héros du renouveau apparaissent, des personnes sans âge aux torses sculptés et aux pouvoirs fabuleux. Ils s’arment pour l’évincement des colosses insensés, et leurs exploits seront contés. La mère des allégories, l’odyssée, élèvera la légende avec l’allégeance. De ces anciens anthropiens, un seul œil est resté, il est facile d’effondrer ces monstres dénués de raison. Une nouvelle disposition est à présent possible. Des civilisations se mettent en place, et les précurseurs écrivent leur genèse. D’un couple en colère, l’univers s’est engorgé, mais le souvenir de cet évènement singulier n’empêche pas le réemprunt. Les uns de trimard lient quatrain en syncope, cisèlent cette huître, pour un repas neuf. Dispensés, la reconstruction se fait sans eux, pour des bâtisses jalousant les cieux. L’histoire est déjà écrite, peut-être s’est-elle déjà écoulée. La décimale attend votre lancer, mais chaque face du dé est déjà chiffrée.


La narration que je porte ici se concentre sur un de ces immenses immondes tyrans. Père synonyme d’ascendance, perce sinistrement l’histoire pour des demi-dieux accouchés, persil d’un plat insipide. La gigantesque lame courbée qui remplace son bras droit broie, les troncs tombent, ceux d’os pas de bois, la peur se répand, l’étron tombe. Chacune de ses violences impacte, les rescapés souhaitent sa disparition plus que la survie. Sa capacité d’enfantement est intacte, les mêmes horreurs mais en petit. De nombreux valeureux ont tenté leur chance, mais engloutis comme un commun. D’autres répugnances ont encore de l’esprit. Malgré l’aspect difforme, ils s’accordent. Certaines fornications hybridées, métissages d’espèces, additionnent amalgame animal. Une carnation de formes connues cornues s’emmêlant à d’autres, résultant cent taureaux, minot en six rennes, trinité de têtes canines, chevaux carnivores et ailés, hominoïdes écaillés… de toutes tailles. Une zoologie peu affriolante à la visite, à l’instar du parc où l’ébullition libidinale et dévergondée se laisse aller. À l’été, l’odeur est insoutenable, putréfaction oblige. À l’hiver, le miasme s’atténue, mais la résistance faiblit. Les indemnes les plus importants se réfugient en hauteurs montagneuses, inaccessibles à la lourdeur mouvante des mastodontes veineux. L’eau limpide n’a plus d’existence, rouge sang comme le vin. Levain pour le pain est la seule nourriture des corps, pâte cuite de terre et d’herbe. Nombreuses paroles lors des repas viennent désaltérer les tourments et l’esprit vengeur. Le talion est le seul échafaudage de ces paladins, le taillage et la solitude épaulent la population. Un puissant au bâton électrisant prend le renversement très à cœur. Chacun, de faveur, repousse les aberrations pour organiser le sentier. Ils laminent les lianes, éliminant la lenteur lymphatique, limitant la paralysie. Cette écume de tissu marbré, d’épluchures osseuses, de cuivre coagulé, rend les nuées de mouches plus denses qu’une brume opaque. Pactisant avec le monstre, impossible de les esquiver, elles se collent à l’homme comme des combinaisons noircies, des sangsues de soupe qui tapissent d’ailes les casques et les sandales. La longue barbe permet d’éviter l’aval. Le grand fielleux a dû se faire un festin, les squelettes géants jalonnent les chemins. Proche, le groupe se bloque, un barrage de carcasses assemblées, rattachées par les nerfs encore pendants, fait obstacle à leur progression. La graisse antique les fait glisser, ils se cassent les crocs et rajoutent des os aux autres. Seule la destruction créera l’ouverture. Ils perçoivent une grandeur vive, ses cornes et son poids pourraient servir de bélier. Seule la distraction créera l’embrasure. Jouant avec des enfants, des minots tordus, le minotaure dut lever sa patte de l’oiseau écrasé. Le cornu corps nu considère leurs silhouettes, fonce tête baissée et s’assomme. Son somme sonne son sort sans solution, mieux vaut l’égorger avant le réveil. Le mur est bien percé, et le fils du héros éclair le premier. Armé de sa harpe, un Khépesh pourvu de corde acoustique pour faire diversion, il décapite toutes apophyses animées. L’influent révolté n’était pas venu seul, père de ce guide et du groupe d’hommes, dieu de la rage et de l’appui, par la fulguration d’une résistance accumulée, imprime le circuit et soude la traversée. Ses autres descendants accompagnent, tous sont assoiffés, les frères du brave modèle ont été dévorés. Chacun possède des caractères et des équipements qui de fer diffèrent, de la lance décorée à l’arc en croissant, dont le marteau d’un des leurs ait failli se tordre par une confection appliquée. Des empâtements décoratifs, des dorures pour laisser traces et souvenirs. Venu sous leurs semelles des tremblements, le titan se fait présenter, par un annonceur au cou écarlate :

« Père vertueux, pervers tueur, paternel si éternel, représentant temporalité de l’instant, est né l’aîné permanent. C’est lui qui commande la légion des déformés musculeux, les épouvantails aux formes aboutées et centuplées, qu’il délivra d’un enracinement terrestre pour mieux se faire servir. Aplatissez-vous. »

Il est encore plus excessif que les descriptions. Sa taille dépasse les structures en ruine, anciens monuments de la vocation. L’invocation présente aussitôt sa réponse à l’oracle :

« Sacre le rata. »

Il pouvait s’exprimer intelligiblement. Les légendes primordiales, celles dictées par les témoins du basculement, le décrivent comme le tout premier et dernier, l’alpha et l’oméga, l’an un et le neuf. Avide de démolition, enivré de colère, il fut le déclencheur de la nouvelle ère. Collision de sa haine avec la terre, collusion de son esprit avec la matière. Ses parents symbolisaient les deux respectivement. Pas tant malsain, mais altéré par la folie des derniers hommes. À présent, seule la dislocation du monde lui sert d’âme, condamne en concert. À la vue de l’équipe, il prend sa furie comme élan. Le lent mouvement laisse là l’aisance de l’esquive. Le contre raté blesse l’essence de l’esquisse. L’exquise femme à la lance, atténue l’échec par protection stratégique et charme trompeur. La bataille est épique, elle pique en plein cœur, parant de part en part pour son parent. Pendant que le maudit tente d’attraper les joués armés qui l’entourent, le plus audacieux d’entre eux travaille dur et recule, sa massue prépare le terrain. Il libère la voie pour le bouclier et l’épée martiale de son fort frère. De loin, un binôme fléché fait pleuvoir, art émis de la visée, a pour long trajet la haute trachée. Un autre duo, l’une en sarrau blanc, l’autre en carapace, soigne en retrait, par un caducée et un mercure illicite. La plus jeune de la fratrie, porte tout l’inventaire et bénéficie d’un recul sécuritaire, s’enrichit sans combat. De sa puissante faux, la bête guigne gagner la famille entière, mais la découpe fébrile sectionne la moitié supérieure d’un graille-nuage, qui s’écrase autour du champ de bataille. Rendant les compagnons invisibles au monstre, la poussière s’étend. S’étant aveuglée par sa propre attaque d’un incommode immeuble, d’un encombrant édifice, les dix fils le fatiguent, le pater meneur peut porter le coup fatal. La foudre de son sceptre noyaute l’anatomie du géant, qui implose en démembrement. Un instant de fossilisation, les corps des jadis engloutis sont récupérables tout comme une sphère crucigère avalée, un mystérieux orbe surmonté d’un symbole et entouré d’un liseré marqué. Il fallut peu pour que sa lourde ossature branlante s’écroule et finisse sous la surface. Les champions rajoutent les cadavres des autres monstruosités vaincues, encombrant une profonde et large fosse de dépouilles écartelées. Ils fêtèrent l’évènement avec leur dernier frère, resté en garnison pour préparer la ripaille ; de jus ils se baquent, usés par les batailles, en cascade, le raisin a raison de leur lumière.


Comme prédit, l’immense cité, à cause de sa défaite, engendre nombreux dieux et demi. Les retranscriptions sont élogieuses et apologiques. Ces hommes deviennent les nouveaux dirigeants, les maîtres d’un monde renaissant, prenant le statut d’immortel infus. Adulés pour une nouvelle éternité, leur règne et leurs exploits seront narrations, l’implant culturel immuable d’une roue crantée.

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