• Antoine Station

Emma Calvé et l'abbé Bérenger Saunière


Emma Calvé était une très grande cantatrice à la renommée internationale, qui fut l'amie de l'Abbé Saunière et de nombreuses personnalités des milieux spiritualistes et ésotériques de son époque.


Dans son dernier livre paru aux éditions Faërie's Craft : Deux Grandes Figures du Rouergue : Emma Calvé & Denys Puech, Pascal Cazottes nous présente le portrait et le destin croisé de ces deux personnalités aveyronnaises de la fin du XIXe-début du XXe siècle.



Voici un extrait du chapitre intitulé "La passion d'Emma pour l'ésotérisme" :


"Dans les années 1890, il y eut, en France et dans bien d'autres pays, un engouement sans pareil pour le paranormal et l'ésotérisme. A cette époque, qui était qualifiée de "belle", Paris fourmillait de médiums, d'astrologues, de chiromanciennes, de mages et d'initiés en tout genre, faisant d'elle la capitale des sciences dites "occultes" ou "hermétiques". La publication de plusieurs ouvrages à succès, tels que "Le Livre des Esprits", d'Allan Kardec (le "pape" du spiritisme), et "Dogme et rituel de la haute magie", d'Eliphas Lévi, parus vers le milieu du XIXème siècle, avait naturellement contribué à un irrésistible attrait pour tout ce qui touchait au surnaturel, à l'au-delà et aux connaissances supposées cachées, et ce, tout particulièrement au sein de la bourgeoisie. Emma Calvé, bien qu'élevée dans la tradition catholique, se posait ces inévitables questions qui tourmentent tous ceux qui s'interrogent sur la vie après la mort. Aussi, c'est tout naturellement que cette chercheuse de vérité, ayant alors atteint son statut de diva, se lança dans une quête des "savoirs interdits" que favorisait la passion du moment. Introduite dans des salons de la bonne société parisienne et autres cercles d'initiés, elle va y côtoyer des personnages de premier ordre, aussi bien réputés pour leur intelligence et leur érudition que pour leur anticonformisme. Parmi ces derniers, nous citerons Papus (de son vrai nom Gérard Encausse, un médecin et mage fondateur de l’Ordre Martiniste et un ami très proche du thaumaturge Maître Philippe de Lyon), Joséphin Peladan (écrivain co-fondateur, avec Stanislas de Guaïta, de l’Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix), Albert de Rochas (lieutenant-colonel et administrateur de l’Ecole Polytechnique, de Rochas se passionnait pour le fonctionnement de l’esprit humain et les énergies qui émanent du corps, s’intéressant plus spécifiquement au phénomène des lévitations), Camille Flammarion (rendu célèbre non seulement par ses travaux en astronomie mais également par ses ouvrages sur les fantômes et autres maisons hantées) ou encore Jules Doinel (un archiviste qui sera à l’origine de la création de l’Eglise Gnostique, un mouvement proche du Catharisme). C'est à la Librairie du Merveilleux, maison d'édition (de livres à thématique ésotérique) fondée par Papus et Lucien Chamuel à Paris, au numéro 29 de la rue de Trévise, qu'Emma venait faire ses emplettes. La salle de conférences, installée juste derrière la boutique, lui offrait également l'opportunité d'assister aux passionnants exposés du docteur Encausse, lequel avait adopté pour surnom – ainsi qu'il a été dit plus haut – celui de "Papus", un terme servant à désigner "le génie de la médecine" dans le Nuctéméron, une œuvre attribuée à Apollonius de Tyane. Mais Emma avait aussi pris l'habitude de fréquenter, toujours à Paris, la librairie de l'Art Indépendant dirigée par Edmond Bailly au numéro 11 de la rue de la Chaussée-d'Antin. En ce dernier lieu, où l'on faisait la promotion des ouvrages de "Haute Science" aussi bien que des musiques les plus récentes (Claude Debussy ne répugnant pas à venir jouer sur le piano à queue de l'arrière-salle ses dernières créations), la cantatrice y croisait des personnages davantage de son milieu (artistique), comme Erik Satie, Mallarmé, Toulouse-Lautrec, Edgar Degas, Odilon Redon, etc. C'est aussi à la libraire de l'Art Indépendant qu'Emma rencontrera un homme qui sera loin de la laisser indifférente : l'écrivain et journaliste Jules Bois, un individu passionné d'ésotérisme et de démonologie dont nous aurons l'occasion de reparler par la suite.

De ses relations avec ce qui convient d'appeler le "gratin" de l'ésotérisme, Emma Calvé conserva de très agréables souvenirs, même si certains d'entre eux – à l'image de celui que nous allons maintenant rappeler – peuvent contenir quelques détails pour le moins inattendus. Des Mémoires d'Emma intitulés "Sous tous les ciels j'ai chanté", nous extrayons ce passage évoquant un dîner chez les Flammarion : “Au nombre des convives : de Rochas, le docteur Encausse, Charles Richet, William Crookes (de passage à Paris), etc… Le grand astronome avait choisi pour les dames des noms d’étoiles. Deux jolies Américaines étaient tout naturellement désignées pour représenter Diane et Vénus. J’avais le grand honneur d’être Véga de la Lyre ! Conversation très intéressante sur l’astronomie, l’hypnotisme, le spiritisme, la télépathie, etc… On avait endormi une jeune femme qui ne voulait plus se réveiller, disant dans son sommeil hypnotique : “Laissez-moi, je suis si bien ici ; quel doux repos ! quelle horreur de revenir sur cette vilaine terre !” Mme Flammarion, touchante dans l’amoureuse admiration qu’elle porte à son mari, nous a raconté qu’une des admiratrices du maître, à la veille d’être opérée, avait fait promettre à son chirurgien d’envoyer, “en cas de décès”, la peau de ses épaules à Flammarion pour servir de couverture à l’un de ses livres. Elle nous a montré cette reliure de peau humaine, devenue une sorte de parchemin rugueux, jaunâtre, laid à faire peur. “Et dire qu’elle recouvrait autrefois de si belles épaules”, a dit la maîtresse de maison avec un soupir.”


C’est aussi à l’occasion d’un dîner, donné chez Claude Debussy au printemps 1892, qu’Emma fera la connaissance de l’abbé Bérenger Saunière, le sulfureux curé de Rennes-le-Château..."

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